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Crampon
Sagesse
édition numérique par JESUSMARIE.com révisée par
mission-web.com
* La traduction contenue dans cette édition de
la bible Crampon est faite sur la Bible grecque officiellement
publiée sous le pape Sixte V, d'après le
Codex Vaticanus (1586).
1 Aimez la justice, vous qui êtes les juges de
la terre ; que vos pensées sur le Seigneur soient selon la
droiture, et cherchez-le d'un cœur sincère ;
2 car il se
laisse trouver par ceux qui ne le tentent point, et il se manifeste à
ceux qui se confient à lui.
3 En effet, les pensées
perverses séparent de Dieu, et sa puissance, quand on la met à
l'épreuve, accuse les insensés.
4 La sagesse n'entre pas dans
une âme qui médite le mal, et n'habite pas dans un corps esclave du
péché.
5 L'Esprit-Saint, éducateur des
hommes, fuit l'astuce ; il s'éloigne
des pensées dépourvues d'intelligence, et se retire quand approche
l'iniquité.
6 En effet, la Sagesse est un esprit qui aime les
hommes, et il ne laisse pas impuni le blasphémateur pour ses
discours, car Dieu est le témoin de ses reins, le véritable
scrutateur de son cœur, et il entend ses paroles.
7 Car l'Esprit
du Seigneur remplit l'univers, et lui qui contient tout, sait tout ce
qui se dit.
8 Aussi celui qui tient des discours impies ne saurait
rester caché, et la justice vengeresse ne l'oublie pas.
9 Car il
y aura une enquête sur les desseins de l'impie ; la rumeur de
ses paroles arrivera jusqu'au Seigneur, pour le châtiment de ses
iniquités.
10 Une oreille jalouse entend tout, et le bruit des
murmures ne lui échappe pas.
11 Gardez-vous donc des murmures
inutiles, et préservez votre langue du blasphème ; car la
parole la plus
secrète ne sort pas impunie, et la bouche qui ment donne la mort à
l'âme.
12 Ne courez pas après la mort par les égarements de
votre vie ; et n'attirez pas sur vous
la perdition par les œuvres de vos mains.
13 Car Dieu n'a pas
fait la mort, et il n'éprouve pas de joie de la perte des
vivants.
14 Il a créé toutes choses pour la vie ; les
créatures du monde sont salutaires ; il n'y a en elles aucun
principe de destruction, et la mort n'a pas d'empire sur la terre.
15
Car la justice est immortelle.
16 Mais les impies appellent la
mort du geste et de la voix ; la regardant comme une amie, ils
se passionnent pour elle, ils font alliance avec elle, et ils sont
dignes, en effet, de lui appartenir.
1 Ils se sont dit, raisonnant de travers :
« Il est court et triste le temps de
notre vie, et, quand vient la fin d'un homme, il n'y a point de
remède ; on ne connaît personne qui délivre du séjour des
morts.
2 Le hasard nous a amenés à l'existence, et, après cette
vie, nous serons
comme si nous n'avions jamais été ; le souffle, dans nos
narines, est une fumée, et la pensée, une étincelle qui
jaillit au battement de notre cœur.
3
Qu'elle s'éteigne, notre corps tombera en cendres, et l'esprit se
dissipera comme l'air léger.
4 Notre nom tombera dans l'oubli
avec le temps, et personne ne se souviendra de nos œuvres. Notre vie
passera comme une trace de nuée ; elle se dissipera comme un
brouillard, que chassent les rayons du soleil, et que la chaleur
condense en pluie.
5
Notre vie est le passage d'une ombre ; sa fin est sans retour,
le sceau est apposé et nul ne revient.
6 « Venez donc,
jouissons des biens présents ; usons des créatures avec
l'ardeur de la jeunesse,
7 enivrons-nous de vin précieux et de
parfums, et ne laissons point passer la fleur du printemps.
8
Couronnons-nous de boutons de roses avant qu'ils se flétrissent.
9
Qu'aucun de nous ne manque à nos orgies, laissons partout des traces
de nos réjouissances ; car c'est là notre part, c'est là
notre destinée.
10 « Opprimons le juste qui est
pauvre ; n'épargnons pas la veuve, et n'ayons nul égard pour
les cheveux blancs du vieillard chargé d'années.
11 Que notre
force soit la loi de la justice ; ce qui est faible est jugé
bon à rien.
12 Traquons donc le juste, puisqu'il nous incommode,
qu'il est contraire à notre manière d'agir, qu'il nous reproche de
violer la loi, et nous accuse de démentir notre éducation.
13 Il
prétend posséder la connaissance de Dieu, et se nomme fils du
Seigneur.
14 Il est pour nous la condamnation de nos pensées, sa
vue seule nous est insupportable ;
15 car sa vie ne ressemble
pas à celle des
autres, et ses voies sont étranges.
16 Dans sa pensée, nous
sommes d'impures
scories, il évite notre manière de vivre comme une souillure ;
il proclame heureux le sort final des justes, et se vante d'avoir
Dieu pour père.
17 Voyons donc si ce qu'il dit est vrai, et
examinons ce qui lui arrivera
au sortir de cette vie.
18
Car si le juste est fils de Dieu, Dieu prendra sa défense, et le
délivrera de la main de ses adversaires.
19 Soumettons-le aux
outrages et aux tourments, afin de connaître sa résignation, et de
juger sa patience.
20 Condamnons-le à une mort honteuse, car,
selon qu'il le dit, Dieu
aura souci de lui. »
21 Telles sont leurs pensées, mais
ils se trompent ; leur malice les a aveuglés.
22 Ignorant
les desseins secrets de Dieu,
ils n'espèrent pas de rémunération pour la sainteté, et ils ne
croient pas à la récompense des âmes pures.
23 Car Dieu a créé
l'homme pour l'immortalité, et il l'a fait à
l'image de sa propre nature.
24 C'est par l'envie du diable que la
mort est venue dans le monde ;
25 ils en feront l'expérience,
ceux qui lui appartiennent.
1 Les âmes des justes sont dans la main de Dieu,
et le tourment ne les atteindra pas.
2 Aux yeux des insensés, ils
paraissent être morts, et leur sortie de ce
monde semble un malheur,
3 et leur départ
du milieu de nous un anéantissement ; mais ils sont dans la
paix.
4 Alors même
que, devant les hommes, ils ont subi des châtiments, leur espérance
est pleine d'immortalité.
5 Après une légère peine, ils
recevront une grande récompense ; car Dieu les a éprouvés, et
les a trouvés dignes de lui.
6 Il les a essayés comme l'or dans
la fournaise, et les a agréés comme un parfait holocauste.
7
Au temps de leur récompense, ils brilleront ; comme des
étincelles, ils courront à travers le chaume.
8 Ils jugeront les
nations et domineront sur les peuples, et le Seigneur régnera sur
eux à jamais.
9 Eux qui ont mis en lui leur confiance, ils
comprendront la vérité ; ses
fidèles habiteront avec lui dans l'amour ; car la grâce et la
miséricorde sont pour ses élus.
10 Mais les impies auront le
châtiment mérité par leurs pensées perverses, eux qui ont méprisé
le juste, et se sont éloignés du Seigneur.
11 Car qui rejette la
sagesse et la correction est voué au malheur ; leur espérance
est vaine, leurs efforts sont infructueux, et leurs œuvres sans
profit.
12 Leurs femmes sont insensées, leurs enfants pleins de
malice, et leur postérité est maudite.
13 C'est pourquoi
heureuse la femme stérile et sans tache, dont la couche ne connaît
pas la souillure ! Elle aura son
fruit à la visite des âmes.
14 Heureux
encore l'eunuque qui de sa
main n'a pas fait l'iniquité et qui n'a pas conçu de pensées
criminelles contre le Seigneur ! Il recevra une récompense de
choix pour sa fidélité, et il aura
dans le temple du Seigneur le sort le plus désirable.
15 Car du
travail des bonnes œuvres le fruit est glorieux, et la racine de la
prudence ne périt pas.
16 Mais les enfants des adultères
n'atteindront pas leur fin, et la race sortie d'une couche criminelle
disparaîtra.
17 Si leur vie est longue, ils seront comptés pour
rien, et leur vieillesse à la fin sera sans honneur.
18 S'ils
meurent promptement, ils n'auront pas d'espérance, ni de consolation
au jour du jugement.
19 Car la race injuste a toujours une fin
funeste.
1 Mieux vaut la stérilité avec la vertu ;
sa mémoire est immortelle, car elle est connue de Dieu et des
hommes.
2 Quand on l'a sous les yeux, on l'imite ; quand elle
n'est plus là, on la regrette ; couronnée dans l'éternité,
elle triomphe, ayant remporté la victoire dans des combats sans
souillure.
3 Mais la nombreuse postérité des impies est sans
utilité ; issue
de rejetons bâtards, elle ne jettera pas de racines profondes, et ne
s'établira pas sur un fondement assuré.
4 Alors même qu'ils se
couvriraient pour un temps de verts rameaux, fixés au
sol sans solidité, ils seront ébranlés
par le vent, et déracinés par la violence de l'ouragan.
5 Leurs
rameaux seront brisés encore tendres, leurs fruits sont inutiles,
trop verts, pour être mangés, et impropres à tout usage.
6 Car
les enfants nés de
sommeils impurs sont témoins du crime contre leurs parents quand on
les interroge.
7 Mais le juste, lors même qu'il meurt avant
l'âge, trouve le repos.
8 Une vieillesse honorable n'est pas
celle que donne une
longue vie ; ni celle qui se mesure au nombre des années.
9
Mais la prudence tient lieu pour l'homme de cheveux blancs ; et
l'âge de la vieillesse, c'est une vie sans tache.
10 Étant
agréable à Dieu, il était aimé de lui,
et, comme il vivait parmi les pécheurs, il a été transféré.
11
Il a été enlevé de peur que la malice n'altérât son
intelligence, ou que la ruse ne pervertît son âme.
12 Car
l'enchantement du vice obscurcit le bien, et le vertige de la passion
pervertit un esprit sans malice.
13 Arrivé en peu de temps à la
perfection, il a fourni une longue carrière.
14 Car son âme
était agréable au Seigneur ; c'est pourquoi le
Seigneur s'est hâté de
le retirer du milieu de l'iniquité.
15
Les peuples le voient sans y rien comprendre, ne se mettant pas ceci
dans l'esprit que la grâce de Dieu
et sa miséricorde
sont avec ses élus, et qu'il a souci de ses saints.
16 Mais le
juste qui meurt condamne les impies qui survivent, et la jeunesse
arrivée si vite à la perfection condamne
la longue vieillesse de l'homme injuste.
17 Ils verront la fin du
sage, mais sans comprendre les desseins de
Dieu sur lui, ni pourquoi le Seigneur l'a
mis en sûreté.
18 Ils verront et se moqueront, mais le Seigneur
se rira d'eux ;
19 et après cela ils seront un cadavre sans
honneur, ils seront parmi les morts dans l'opprobre pour toujours. Le
Seigneur les brisera, et, réduits au
silence, les précipitera ; il les ébranlera de leurs
fondements, et ils seront détruits jusqu'au dernier ; ils
seront dans la douleur, et leur mémoire périra.
20 Ils
viendront pleins d'effroi à la pensée de leurs péchés, et leurs
crimes, se dressant
devant eux, les accuseront.
1 Alors le juste sera debout en grande assurance,
en face de ceux qui l'ont persécuté, et qui méprisaient ses
labeurs.
2 A cette vue, ils seront agités d'une horrible
épouvante, ils seront dans la stupeur devant la révélation du
salut.
3 Ils se diront, pleins de regret, et gémissant dans le
serrement de leur cœur :
« Voilà
donc celui qui était autrefois l'objet de nos moqueries, et le but
de nos outrages !
4 Insensés, nous regardions sa vie comme
une folie, et sa fin comme un opprobre.
5 Comment est-il compté
parmi les enfants de Dieu, et sa part est-elle parmi les saints ?
6
Nous avons donc erré, loin du chemin de la vérité ; la
lumière de la justice n'a pas brillé sur nous, et sur nous ne s'est
pas levé le soleil.
7 Nous nous sommes rassasiés dans la voie de
l'iniquité et de la perdition, nous avons marché dans des déserts
sans chemin, et nous n'avons pas connu la voie du Seigneur.
8 A
quoi nous a servi l'orgueil, et que nous a rapporté la richesse avec
la jactance ?
9 Toutes ces choses ont passé comme l'ombre,
comme une rumeur qui s'enfuit ;
10 comme le navire qui fend
l'onde agitée, sans qu'on puisse découvrir la trace de son passage,
ni la marque de sa quille au milieu des flots ;
11 ou comme
l'oiseau traversant les airs, sans qu'on relève aucun vestige de sa
route ; mais il bat à coups de plumes l'air léger, d'un
puissant élan il le déchire, s'y fait un chemin en agitant ses
ailes ; puis, on n'y voit pas aucun indice de son passage ;
12
ou comme, lorsque la flèche a été lancée vers son but, l'air
qu'elle a fendu revient aussitôt sur lui-même, et l'on ne sait plus
par où elle a passé :
13 Ainsi nous-mêmes, nous sommes nés
et nous avons cessé d'être, et nous n'avons à montrer aucune trace
de vertu ; et dans notre iniquité, nous avons été
retranchés. »
14 En effet, l'espoir de l'impie est
comme le duvet que le vent emporte, comme le givre léger que
disperse l'ouragan, comme la fumée qu'un souffle dissipe, comme le
souvenir de l'hôte d'un jour qui s'évanouit.
15 Mais les
justes vivent éternellement ; leur récompense est auprès du
Seigneur, et le Tout-Puissant a souci d'eux.
16 C'est pourquoi ils
recevront de la main du Seigneur le magnifique royaume et le
splendide diadème ; car il les protégera de sa
droite, de son bras, il les couvrira comme d'un bouclier.
17
Il saisira son zèle comme armure, et il armera la création pour se
venger de ses ennemis.
18 Il revêtira comme cuirasse la justice,
et prendra pour casque un jugement sincère.
19 Il prendra la
sainteté comme un bouclier inexpugnable.
20 De son inexorable
colère il fera un glaive aigu, et l'univers combattra avec lui
contre les insensés.
21 Les traits de la foudre bien dirigés
partiront, et, du sein des nuages, comme d'un arc bien tendu,
voleront au but marqué.
22 Sa colère, comme une baliste, lancera
une masse de grêle ; l'eau de la mer se soulèvera contre eux,
et les fleuves se précipiteront avec furie.
23 Le souffle de la
puissance divine
s'élèvera contre eux, et les dispersera comme un tourbillon :
et ainsi l'iniquité fera de toute la terre un désert, et la malice
renversera les trônes des puissants.
1 Écoutez donc, ô rois, et comprenez ;
écoutez l'instruction, vous qui jugez les extrémités de la
terre.
2 Prêtez l'oreille, vous qui dominez sur la multitude, qui
êtes fiers de commander à
des foules de peuples.
3 Sachez
que la force vous a été donnée par le Seigneur, et la puissance
par le Très-Haut, qui examinera vos œuvres et sondera vos
pensées.
4 Parce que, étant les ministres de sa royauté,
vous n'avez pas jugé avec droiture, ni observé la loi, ni marché
selon la volonté de Dieu ;
5 terrible et soudain, il fondra
sur vous, car un jugement sévère s'exerce sur ceux qui
commandent.
6 Aux petits, on pardonne par pitié ; mais les
puissants sont puissamment châtiés.
7 Le souverain de tous ne
reculera devant personne, il ne s'arrêtera par respect devant aucune
grandeur ; car il a fait les grands et les petits, et il prend
soin des uns comme des autres.
8 Mais les puissants seront soumis
à une épreuve plus rigoureuse.
9 C'est donc à vous, ô
rois, que s'adressent
mes discours, afin que vous appreniez la sagesse et que vous ne
tombiez point.
10 Ceux qui observent saintement les saintes lois
seront sanctifiés, et ceux qui les auront apprises auront de quoi
répondre.
11 Mettez donc vos complaisances dans mes paroles,
désirez-les, et vous aurez l'instruction.
12 La sagesse est
brillante, et son éclat ne se ternit pas ; facilement on
l'aperçoit quand on l'aime, facilement on la trouve quand on la
cherche.
13 Elle prévient ceux qui la cherchent, et se montre à
eux la première.
14 Celui qui se lève matin pour la chercher
n'a pas de peine : il la trouve assise à sa porte.
15 Car
penser à elle, c'est la perfection de la prudence, et celui qui
veille à cause d'elle sera bientôt libre de soucis ;
16
elle-même va de tous côtés chercher ceux qui sont dignes d'elle,
elle se montre amicalement à eux dans leurs
voies, et les assiste dans tous leurs
desseins.
17 En effet, son commencement le plus assuré est le
désir de l'instruction.
18 Or le soin de l'instruction conduit
à l'amour, l'amour fait qu'on obéit à ses
lois, l'obéissance à ses
lois assure l'immortalité,
19 et l'immortalité donne une place
près de Dieu.
20 Ainsi le désir de la sagesse conduit à la
royauté.
21 Si donc, ô rois des peuples, vous mettez votre
plaisir dans les trônes et le sceptre, honorez la sagesse, afin de
régner éternellement.
22 Mais ce qu'est la sagesse et son
origine, je vais l'exposer, sans vous cacher les mystères de
Dieu. Je remonterai jusqu'au début de la
création, je mettrai au grand jour ce qui la concerne, et je ne
m'écarterai pas de la vérité.
23 Loin de moi de faire route
avec l'envie dévorante ! Elle n'a rien de commun avec la
sagesse.
24 Le grand nombre des sages fait le salut de la terre,
et un roi sage la prospérité de son peuple.
25 Recevez donc
l'instruction par mes paroles, et vous vous en trouverez bien.
1 Je suis moi-même un mortel, semblable à tous
et descendant du premier qui fut formé de
terre.
2 J'ai été formé quant à la
chair dans le sein de ma mère, pendant dix mois prenant consistance
dans le sang, par la semence de l'homme, durant le repos du
sommeil.
3 Moi aussi, à ma naissance, j'ai respiré l'air commun
à tous, je suis
tombé sur la même terre, et, comme celui de tous, mon premier cri
fut un gémissement.
4 J'ai été élevé dans des langes et avec
des soins infinis.
5 Aucun roi n'a eu un autre commencement
d'existence.
6 Il n'y a pour tous qu'une seule manière d'entrer
dans la vie et d'en sortir.
7 C'est pourquoi j'ai prié, et la
prudence m'a été donnée ; j'ai invoqué, et l'esprit de
sagesse est venu en moi.
8 Je l'ai préférée aux sceptres et aux
couronnes, et j'ai estimé de nul prix les richesses auprès
d'elle.
9 Je ne lui ai pas égalé les pierres les plus
précieuses, car tout l'or du monde
n'est auprès d'elle qu'un peu de sable, et l'argent, à côté
d'elle, doit être estimé comme de la boue.
10 Je l'ai aimée
plus que la santé et la beauté ; j'ai préféré la posséder
plutôt que la lumière, car son flambeau ne s'éteint jamais.
11
Avec elle me sont venus tous les biens, et des richesses innombrables
sont dans ses mains.
12 Et je me suis réjoui de tous ces
biens, car la sagesse les amène avec
elle ; j'ignorais pourtant qu'elle en
était la mère.
13 Je l'ai apprise sans arrière-pensée, je la
communique sans envie, et je ne cache point ses trésors.
14 Car
elle est pour les hommes un trésor inépuisable ; ceux qui en
usent ont part à l'amitié de Dieu, à qui les recommandent les dons
acquis par l'instruction.
15 Que Dieu me donne d'en parler
comme je le voudrais, et de concevoir des pensées dignes des dons
que j'ai reçus !
Car c'est lui qui conduit la sagesse, et qui dirige les sages.
16
Nous sommes dans sa main, nous et nos discours, et toute la prudence
et le savoir-faire.
17 C'est lui qui m'a donné la véritable
science des êtres, pour me faire connaître la structure de
l'univers, et les propriétés des éléments,
18 le commencement,
la fin et le milieu des temps, les retours périodiques du
soleil, les vicissitudes des temps,
19
les cycles des années et la position des étoiles,
20 la nature
des animaux et les instincts des bêtes, la puissance des esprits et
les raisonnements des hommes, les différentes espèces des plantes
et la vertu des racines.
21 Tout ce qui est caché et à
découvert, je l'ai appris ;
22 car la sagesse, ouvrière de
toutes choses, me l'a enseigné.
En elle, en effet, il y a un
esprit intelligent, saint, unique, multiple, immatériel, actif,
pénétrant, sans souillure, infaillible, impassible, aimant le bien,
sagace, ne connaissant pas d'obstacle, bienfaisant,
23 bon pour
les hommes, immuable, assuré, tranquille, tout-puissant, surveillant
tout, pénétrant tous les esprits, les intelligents, les purs et les
plus subtils.
24 Car la sagesse est plus agile que tout
mouvement ; elle pénètre et s'introduit partout, à cause de
sa pureté.
25 Elle est le souffle de la puissance de Dieu, une
pure émanation de la gloire du Tout-puissant ; aussi rien de
souillé ne peut tomber sur elle.
26 Elle est le resplendissement
de la lumière éternelle, le miroir sans tache de l'activité de
Dieu, et l'image de sa bonté.
27 Etant unique, elle peut
tout ; restant la même, elle renouvelle tout ; se
répandant, à travers les âges, dans les âmes saintes, elle en
fait des amis de Dieu et des prophètes.
28 Dieu, en effet, n'aime
que celui qui habite avec la sagesse.
29 Car elle est plus
belle que le soleil, et que l'arrangement harmonieux
des étoiles. Comparée à la lumière, elle l'emporte sur
elle ;
30 car la lumière fait place
à la nuit, mais le mal ne prévaut pas contre la sagesse.
1 La sagesse atteint avec force d'un bout du
monde à l'autre, et dispose tout avec douceur.
2 Je l'aimai
et la recherchai dès ma jeunesse ; je cherchai à l'avoir pour
épouse, et j'étais épris de sa beauté.
3 Elle fait voir la
gloire de son origine en ce qu'elle habite avec Dieu, et le maître
de toutes choses l'aime.
4 Car c'est elle qui initie à la
science de Dieu, et qui choisit parmi ses œuvres.
5 Si la
richesse est un bien désirable en cette vie, quoi de plus riche que
la sagesse, qui opère toutes choses ?
6 Si la prudence
préside au travail, qui mieux que la sagesse
est l'ouvrière de tout ce qui existe ?
7 Aime-t-on la
justice ? Les labeurs de la sagesse
produisent les vertus ; elle enseigne la tempérance et la
prudence, la justice et la force, ce qu'il y a de plus utile aux
hommes pendant la vie.
8 Désire-t-on une science étendue ?
Elle connaît le passé et conjecture l'avenir ; elle pénètre
les discours subtils et résout les énigmes ; elle connaît à
l'avance les signes et les prodiges ; elle sait les événements
des temps et des époques.
9 Aussi ai-je résolu de la prendre
pour compagne de ma vie, sachant qu'elle serait pour moi une
conseillère de tout
bien, et une consolation dans mes soucis et mes peines.
10 Par
elle, me disais-je,
j'aurai de la gloire dans les assemblées, et, jeune encore, de
l'honneur auprès des vieillards.
11 On reconnaîtra ma
pénétration dans les jugements, et devant moi les grands seront
dans l'admiration.
12 Si je me tais, ils attendront que je prenne
la parole ; si je parle, ils tiendront
les yeux fixés sur
moi ; et si je prolonge mon discours, ils mettront la main sur
leur bouche.
13 Par elle, j'obtiendrai l'immortalité, et je
laisserai à la postérité un souvenir éternel.
14 Je
gouvernerai des peuples, et les nations étrangères
me seront soumises.
15 En entendant parler de moi, des rois
redoutables me craindront : je me montrerai bon au milieu du
peuple, et vaillant à la guerre.
16 A mon retour dans ma maison,
je me reposerai auprès d'elle ; car sa société ne cause
aucune amertume, ni son commerce aucun ennui, mais le contentement et
la joie.
17 Méditant ces pensées en moi-même, et
réfléchissant en mon cœur que l'immortalité est le fruit de
l'union avec la sagesse,
18 qu'il y a dans son amitié une noble
jouissance, et dans les œuvres de ses mains des richesses
inépuisables, qu'on acquiert la prudence dans un commerce assidu
avec elle, et la gloire à prendre part à sa conversation :
j'allai de tous côtés, cherchant le moyen de l'avoir avec moi.
19
J'étais un enfant d'un bon naturel, et j'avais reçu en partage une
bonne âme ;
20 ou plutôt, étant bon, je vins à un corps
sans souillure.
21 Mais, sachant que je ne pourrais obtenir la
sagesse si Dieu ne me
la donnait, — et c'était déjà de la prudence que de savoir
de qui vient ce
don, — je m'adressai au Seigneur, et je l'invoquai, et je lui
dis du fond de mon cœur :
1 « Dieu des pères, Seigneur de
miséricorde, qui avez fait l'univers par votre parole,
2 et qui,
par votre sagesse, avez établi l'homme pour dominer sur toutes les
créatures que vous avez faites,
3 pour régir le monde dans la
sainteté et la justice, et exercer l'empire dans la droiture du
cœur,
4 donnez-moi la Sagesse qui est assise près de votre
trône, et ne me rejetez pas du nombre
de vos enfants.
5 Car je suis votre serviteur et le fils de
votre servante, un homme faible, à la vie courte, et peu capable de
comprendre le jugement et les lois.
6 Quelqu'un serait-il parfait
parmi les enfants des hommes, s'il manque de la sagesse qui vient
de vous, il sera compté pour rien.
7 Vous m'avez choisi pour
régner sur votre peuple, et juger vos fils et vos filles.
8 Et
vous m'avez dit de bâtir un temple sur votre montagne sainte, et un
autel dans la cité où vous demeurez, sur le modèle du saint
tabernacle que vous avez préparé dès l'origine.
9 Avec vous
est la Sagesse qui connaît vos œuvres, qui était là quand vous
faisiez l'univers, et qui sait ce qui est agréable à vos yeux, et
ce qui est juste selon vos commandements.
10 Envoyez-la de vos
cieux très saints, envoyez-la du trône de votre gloire, afin
qu'elle m'assiste dans mes labeurs, et que je connaisse ce qui vous
est agréable.
11 Car elle connaît et comprend toutes choses, et
elle me conduira avec prudence dans mes œuvres, et me gardera par sa
gloire.
12 Et ainsi
mes œuvres vous seront agréables, je gouvernerai votre peuple avec
justice, et je serai digne du trône de mon père.
13 Quel
homme, en effet, peut connaître le conseil de Dieu, ou bien qui peut
pénétrer ce que veut le Seigneur ?
14 Les pensées des
hommes sont incertaines, et nos opinions sont hasardées.
15 Car
le corps, sujet à la corruption, appesantit l'âme, et sa demeure
terrestre accable l'esprit aux pensées multiples.
16 Nous avons
peine à deviner ce qui est sur la terre, et nous trouvons avec
difficulté ce qui est sous notre
main : qui donc a pénétré ce qui est dans le ciel ?
17
Qui a connu votre volonté, si vous ne lui
avez pas donné la Sagesse, et si vous n'avez pas envoyé d'en haut
votre Esprit saint ?
18 Ainsi ont été rendues droites les
voies de ceux qui sont sur la terre, et les hommes ont appris ce qui
vous est agréable, et ils ont été sauvés par la Sagesse. »
1 C'est la sagesse qui garda le premier homme
formé par Dieu, pour être le père du genre humain, le seul
créé ;
2 elle le tira de son péché, et lui donna le
pouvoir de gouverner toutes les créatures.
3 S'étant éloigné
d'elle dans sa colère, l'injuste périt avec sa fureur
fratricide.
4 Quand, à cause de lui, la terre fut submergée,
la sagesse la sauva, dirigeant le juste sur un bois sans valeur.
5
Lorsque les nations étaient confondues dans leur commune iniquité,
la sagesse connut le
juste et le conserva sans reproche devant Dieu, et le garda
invincible contre sa tendresse pour son fils.
6 Ce fut elle
qui, au milieu de la ruine des méchants, sauva le juste, qui
s'enfuit loin du feu descendu sur les cinq villes.
7 En témoignage
de leur perversité,
cette terre désolée continue de fumer, les arbres portent leurs
fruits hors de saison ; monument d'une âme incrédule, une
colonne de sel reste là
debout.
8 Ayant négligé la sagesse, non seulement ils ont été
privés de la connaissance du bien, mais ils ont laissé aux vivants
un monument de leur folie, afin que leurs crimes ne puissent tomber
dans l'oubli.
9 Mais la sagesse a délivré du malheur ses
fidèles.
10 C'est elle qui conduisit par des voies droites le
juste fuyant la colère de son frère, qui lui montra le royaume de
Dieu, et lui donna la science des choses saintes ; elle
l'enrichit dans ses pénibles labeurs, et fit fructifier ses
travaux.
11 Elle l'assista contre d'avares oppresseurs, et lui fit
acquérir des richesses.
12 Elle le garda contre ses ennemis, et
le protégea contre ceux qui lui dressaient des embûches ; elle
lui donna la victoire dans un rude combat, pour lui apprendre que la
piété est plus puissante que tout.
13 Elle n'abandonna pas
le juste vendu, mais le préserva du péché ;
14 elle
descendit avec lui dans la fosse, et ne le quitta pas dans les
chaînes, jusqu'à ce qu'elle lui eut procuré le sceptre royal, et
la puissance sur ses oppresseurs ; elle convainquit de mensonge
ceux qui l'avaient accusé, et lui donna une gloire éternelle.
15
Elle délivra des nations qui l'opprimaient
le peuple saint et la race sans reproche.
16 Elle entra dans l'âme
du serviteur de Dieu, et, par des signes et des prodiges, elle tint
tête à des rois redoutables.
17 Elle rendit aux saints le
salaire de leurs travaux, elle les conduisit par une route semée de
merveilles, et fut pour eux un ombrage pendant le jour, et comme la
lumière des étoiles pendant la nuit.
18 Elle leur fit
traverser la mer Rouge, et les conduisit à travers les grandes
eaux.
19 Elle submergea leurs ennemis, puis des profondeurs de
l'abîme elle les rejeta.
20 C'est pourquoi les justes enlevèrent
les dépouilles des impies, et chantèrent votre saint nom, Seigneur,
et louèrent de concert votre main qui combattait pour eux.
21 Car
la sagesse ouvrit la bouche des muets et rendit éloquente la langue
des enfants.
1 Elle fit réussir leurs œuvres par la main
d'un saint prophète.
2 Ils firent route à travers un désert
inhabité, et dressèrent leurs tentes dans des régions sans
chemin.
3 Ils résistèrent à leurs ennemis, et tirèrent
vengeance de leurs adversaires.
4 Ils éprouvèrent la soif et
vous invoquèrent, et l'eau leur fut donnée d'un rocher escarpé, et
d'une pierre, l'apaisement de leur soif.
5 Ce qui avait fait
le châtiment de leurs ennemis devint pour eux une bénédiction dans
leur détresse.
6 En effet, tandis que les eaux d'un fleuve
intarissable étaient troublées par un sang impur,
7 en punition
du décret qui frappait de mort les enfants, vous donniez à vos
fidèles, contre tout espoir, une eau
abondante,
8 leur montrant ainsi,
par la soif qu'ils ressentirent alors, de quel châtiment vous
frappiez vos adversaires.
9 Après cette épreuve, quoique punis
avec miséricorde, ils surent comment étaient tourmentés les impies
jugés dans la colère.
10 Vous avez éprouvé les uns comme un
père qui avertit, et vous avez châtié les autres comme un roi
sévère qui condamne.
11 Absents ou présents, ils furent
également tourmentés.
12 Un double chagrin les saisit, et ils
gémissaient au souvenir de ce qui était arrivé.
13 Car en
apprenant que leurs propres tourments tournaient à l'avantage des
fugitifs, ils
reconnurent la main
du Seigneur.
14 Celui qu'ils avaient autrefois exposé et rejeté
avec mépris, ils l'admirèrent
à la fin des événements, lorsqu'ils eurent souffert une soif bien
différente de celle des justes.
15 En punition des pensées
extravagantes de leur perversité, qui les égaraient et leur
faisaient adorer des reptiles sans raison et de vils animaux, vous
leur envoyâtes en châtiment une multitude de bêtes stupides :
16
pour leur apprendre que l'on est puni par où l'on a péché.
17
Il n'était pas difficile à votre main toute-puissante, qui a fait
le monde d'une matière informe, d'envoyer contre eux une multitude
d'ours ou de lions féroces,
18 ou des bêtes nouvellement créées,
pleines de fureur et inconnues, respirant une vapeur enflammée,
exhalant une fumée infecte, ou lançant par les yeux de terribles
éclairs,
19 capables, non seulement de donner la mort par une
blessure, mais de foudroyer de peur par leur seul aspect.
20 Et,
sans cela même, ils pouvaient périr par un simple
souffle, poursuivis par la justice, et dispersés par le souffle de
votre puissance.
Mais vous avez tout réglé avec mesure, avec
nombre et avec poids.
21 Car la souveraine puissance est toujours
à vos ordres, et qui donc résisterait à la force de votre
bras ?
22 Le monde entier est devant vous comme l'atome qui
fait pencher la balance, comme la goutte de rosée matinale qui tombe
sur la terre.
23 Mais, parce que vous pouvez tout, vous avez pitié
de tous, et vous fermez les yeux sur les péchés des hommes pour
qu'ils se repentent.
24 Car vous aimez toutes les créatures, et
vous ne haïssez rien de ce que vous avez fait ; si vous aviez
haï une chose, vous ne l'auriez pas faite.
25 Et comment un être
subsisterait-il, si vous ne le vouliez, se conserverait-il, si vous
ne l'aviez appelé à l'existence ?
26 Mais vous pardonnez à
tous, parce que tout est à vous, Seigneur, qui aimez les âmes.
1 Car votre esprit incorruptible est dans tous
les êtres.
2
C'est pourquoi vous châtiez avec modération ceux qui tombent, et,
quand ils pèchent, vous les avertissez et vous les reprenez, afin
que, renonçant à leur malice, ils croient en vous, Seigneur.
3
Vous aviez en haine les anciens habitants de votre terre sainte,
4
parce qu'ils se livraient à des œuvres détestables de magie, à
des cérémonies impies,
5 et à des meurtres cruels d'enfants,
dévorant des chairs humaines et s'abreuvant de sang. Ces initiés à
d'abominables mystères,
6 ces parents meurtriers d'êtres sans
défense, vous vouliez les détruire par la main de nos pères,
7
afin que cette terre que vous honorez entre toutes reçût une digne
colonie d'enfants de Dieu.
8 Cependant, comme ils étaient hommes,
vous avez usé de clémence, et vous avez envoyé, comme
avant-coureurs de votre armée, des frelons pour les faire périr peu
à peu.
9 Non qu'il vous fût impossible de faire tomber ces
impies, dans une bataille rangée, sous la main des justes, ou de les
exterminer d'un seul coup par des bêtes féroces, ou par un ordre
rigoureux ;
10 mais, en exerçant vos jugements par degré,
vous leur donniez lieu de faire pénitence, quoique vous sussiez bien
qu'ils étaient une race perverse, que leur malice était innée, et
que leurs pensées ne changeraient jamais ;
11 car c'était
une race maudite dès l'origine.
Ce n'est pas non plus par
crainte de personne que vous vous êtes montré indulgent pour leurs
péchés.
12 Qui en effet pourrait vous dire : « Qu'avez-vous
fait ? » Qui pourrait s'opposer à votre jugement ?
Qui vous accuserait de faire périr les nations que vous avez
faites ? Qui viendrait plaider contre vous la cause d'hommes
impies ?
13 Car il n'y a pas d'autre Dieu que vous, qui
prenez soin de toutes choses, afin de montrer que vous ne jugez pas
injustement.
14 Il n'y a ni roi ni tyran qui puisse se lever
contre vous, pour la défense de
ceux que vous avez châtiés.
15 Mais, comme vous êtes juste,
vous réglez tout avec justice, et vous regardez comme une chose
contraire à votre puissance de condamner aussi celui qui ne mérite
pas de châtiment.
16 Car votre puissance est le fondement de
la justice, et c'est parce que vous êtes le Seigneur de tous que
vous usez d'indulgence envers tous.
17 C'est à ceux qui ne
croient pas à votre toute-puissance que vous montrez votre force, et
vous confondez l'audace de ceux qui la connaissent.
18 Maître de
votre force, vous jugez avec douceur, et vous nous gouvernez avec une
grande indulgence, car la puissance est avec vous quand vous le
voulez.
19 En agissant ainsi, vous avez appris à votre peuple
que le juste doit être humain, et vous avez inspiré à vos enfants
la joyeuse espérance que, s'ils pèchent, vous leur accordez le
temps du
repentir.
20 Si, en effet, vous avez puni, avec tant de ménagement
et d'indulgence, les ennemis de vos serviteurs, bien qu'ils fussent
dignes de mort, leur donnant le temps et l'occasion de se convertir
de leur malice,
21
avec quelle circonspection jugez-vous vos enfants, dont les pères
ont reçu de vous des serments et des alliances, jointes à de
magnifiques promesses !
22 Quand vous nous corrigez, vous
flagellez nos ennemis mille fois plus fort, pour nous apprendre,
quand nous jugeons, à songer à votre bonté, et, quand nous sommes
jugés, à espérer en votre miséricorde.
23 Voilà pourquoi
vous avez tourmenté par leurs propres abominations, les injustes qui
passaient leur vie dans la folie.
24 Car ils s'étaient enfoncés
si loin dans les voies de l'erreur, qu'ils regardaient comme des
dieux les plus vils des animaux, s'étant laissé tromper comme des
enfants sans raison.
25 Aussi comme à des enfants sans raison,
leur avez-vous envoyé d'abord
un châtiment dérisoire.
26 Mais ceux qu'une correction dérisoire
n'a pas amendés, subiront un châtiment digne de Dieu.
27 Châtiés
par ceux qu'ils prenaient pour des dieux, ils furent exaspérés de
leurs souffrances, et, voyant Celui qu'ils avaient autrefois refusé
de connaître, ils le reconnurent pour le Dieu véritable ;
c'est pourquoi la suprême condamnation tomba sur eux.
1 Insensés par nature tous les hommes qui ont
ignoré Dieu, et qui n'ont pas su, par les biens visibles, voir Celui
qui est, ni, par la considération de ses
œuvres, reconnaître l'Ouvrier.
2 Mais ils ont regardé le feu,
le vent, l'air mobile, le cercle des étoiles, l'eau impétueuse, les
flambeaux du ciel, comme des dieux gouvernant l'univers.
3 Si,
charmés de leur beauté, ils ont pris ces créatures pour des dieux,
qu'ils sachent combien le Maître l'emporte sur elles ; car
c'est l'Auteur même de la beauté qui les a faites.
4 Et s'ils en
admiraient la puissance et les effets, qu'ils en concluent combien
est plus puissant celui qui les a faites.
5 Car la grandeur et la
beauté des créatures font connaître par analogie Celui qui en est
le Créateur.
6 Ceux-ci pourtant encourent un moindre
reproche ; car ils s'égarent peut-être en cherchant Dieu et en
voulant le trouver.
7 Occupés de ses œuvres, ils en font l'objet
de leurs recherches, et s'en rapportent à l'apparence, tant ce
qu'ils voient est beau !
8 D'autre part, ils ne sont pas non
plus excusables ;
9 car, s'ils ont acquis assez de science
pour arriver à connaître le monde, comment n'en ont-ils pas connu
plus facilement le Maître ?
10 Mais ils sont bien
malheureux, et ils mettent leur espérance en des objets sans vie,
ceux qui ont appelé Dieu des ouvrages de la main des hommes, de l'or
et de l'argent travaillés avec art, des figures d'animaux ou une
pierre inutile, ouvrage d'une main antique.
11 Voici qu'un artisan
a coupé un arbre facile à travailler ; il en ôte adroitement
toute l'écorce, et, le
façonnant avec habileté, il en
fabrique un meuble utile pour l'usage de la vie.
12 Son travail
achevé, il emploie ce qui reste à faire cuire ses aliments, et
satisfait sa faim.
13 Quant aux derniers débris, qui ne sont plus
d'aucun usage, au bois tordu et plein de nœuds, il le prend, le
taille pour occuper ses loisirs, et, par un travail habile, lui donne
une figure : il le fait ressembler à un homme.
14 Ou bien il
en fait l'image de quelque vil animal, le peint de vermillon, en
recouvre la surface d'une couleur rouge, et fait disparaître sous un
enduit toutes les taches.
15 Puis, lui ayant disposé une
habitation convenable, il le place contre la muraille et le fixe avec
du fer.
16 Il prend bien garde qu'il ne tombe, sachant que le
dieu ne peut s'aider lui-même, car ce n'est
qu'une statue qui a besoin d'appui.
17 Cependant il le prie au
sujet de ses biens, de ses mariages et de ses enfants, et il ne
rougit pas de parler à ce qui n'a point d'âme. Il demande la santé
à ce qui est sans force,
18 la vie à ce qui est mort, le secours
à ce qui ne peut rendre aucun service, un heureux
voyage à ce qui ne peut se servir de ses pieds.
19 Pour assurer
ses profits, ses entreprises, le succès de son travail, il demande
l'énergie à ce qui a les mains les plus débiles.
1 En voici un autre qui pense à prendre la mer,
et se dispose à voyager sur les flots en fureur : il invoque un
bois plus fragile encore que le vaisseau qui le porte ;
2
car, ce vaisseau, c'est la passion du lucre qui l'a inventé, et
c'est l'habileté de l'ouvrier qui l'a construit.
3 Mais, ô Père,
c'est votre providence qui le
gouverne, vous qui avez même ouvert un chemin dans la mer, et une
route sûre au milieu des flots,
4 montrant par
là que vous pouvez délivrer de tout péril,
afin que, même sans la science de la
navigation, on puisse se mettre en mer. Vous
ne voulez pas que les œuvres de votre sagesse restent inutiles ;
c'est pourquoi les hommes, confiant leur vie à un bois fragile,
5
traversent les vagues sur un radeau, et échappent à la mort.
6
Et jadis, alors que les géants orgueilleux périssaient, l'espérance
de l'univers échappa sur une barque, et, gouvernée par votre main,
laissa au monde la semence d'une postérité.
7 Car béni est le
bois qui sert à un juste usage.
8 Mais l'idole, œuvre de la
main des hommes, est
maudite, elle et son auteur : celui-ci parce qu'il l'a faite,
celle-là parce qu'étant périssable, elle est appelée dieu ;
9
car Dieu hait également l'impie et son impiété,
10 et l'œuvre
et l'ouvrier seront pareillement châtiés.
11 C'est pourquoi les
idoles des nations seront visitées, parce que, créatures de Dieu,
elles sont devenues une abomination, un scandale pour les âmes des
hommes, un piège pour les pieds des insensés.
12 L'idée de
faire des idoles fut le principe de la
fornication, et leur invention a amené
la perte de la vie.
13 Il n'y en avait pas à l'origine et il n'y
en aura pas toujours.
14 C'est la vanité des hommes qui les a
introduites dans le monde ; aussi leur fin prochaine est-elle
arrêtée dans la pensée divine.
15
Un père accablé par une douleur prématurée a façonné l'image
d'un fils qui lui a été trop
tôt enlevé ; et cet enfant qui était mort, il s'est mis à
l'honorer comme un dieu, et il a institué parmi les gens de sa
maison des rites pieux et des cérémonies.
16 Puis, cette coutume
impie, s'affermissant avec le temps, fut observée comme une loi, et,
sur l'ordre des princes, on adora les statues.
17 Quand on ne
pouvait les honorer en face, parce qu'ils habitaient trop loin, on se
représentait leur lointaine figure, et l'on façonnait une image
visible du roi vénéré, afin de rendre à l'absent des hommages
aussi empressés que s'il eût été présent.
18 Et, pour le
succès de la superstition, ceux qui ne le connaissaient pas y furent
amenés par l'ambition de l'artiste.
19 Celui-ci, en effet,
désireux de plaire au maître puissant, épuisa tout son art à
embellir le portrait.
20 Et la foule des hommes, séduite par
l'élégance de l'œuvre, regarda comme un dieu celui qui naguère
était honoré comme un homme.
21 Ce fut un piège pour les
vivants que les hommes, sous l'influence de l'infortune ou de la
tyrannie, eussent donné à la pierre ou au bois le nom
incommunicable.
22 Bientôt ce ne fut pas assez pour
eux d'errer dans la notion de Dieu ;
vivant dans un état de
lutte violente, par suite
de leur ignorance,
ils appelaient du nom de paix de tels maux.
23 Célébrant des
cérémonies homicides de leurs
enfants ou des mystères clandestins, et se livrant aux débauches
effrénées de rites étranges,
24 ils n'ont plus gardé de pudeur
ni dans leur vie, ni
dans leurs mariages.
L'un tue l'autre par la trahison, ou l'outrage par l'adultère.
25
C'est partout un mélange de sang et de meurtre, de vol et de
tromperie, de corruption et d'infidélité, de révolte et de
parjure,
26 de persécution des gens de bien, d'oubli des
bienfaits, de souillure des âmes, de crimes contre nature,
d'instabilité dans les unions, d'adultère et d'impudicité.
27
Car le culte des idoles sans nom est le principe, la cause et la fin
de tout mal.
28 Leurs divertissements sont de folles joies, et
leurs oracles, des mensonges ; ils vivent dans l'injustice et se
parjurent sans scrupule.
29 Comme ils mettent leur confiance en
des idoles sans vie, ils n'attendent aucun préjudice de leurs
parjures.
30 Mais un juste châtiment les frappera pour ce
double crime :
parce que, s'attachant aux idoles, ils ont eu sur Dieu des pensées
perverses, et parce qu'ils ont fait par fourberie des serments contre
la justice, au mépris des plus saintes lois.
31 Ce n'est pas la
puissance des idoles par lesquelles ils ont juré, c'est le châtiment
dû aux pécheurs qui atteint toujours la prévarication des impies.
1 Mais vous, ô notre Dieu, vous êtes bon,
fidèle et patient, et vous gouvernez tout avec miséricorde.
2
Lors même que nous péchons, nous sommes à vous, connaissant votre
puissance ; mais nous ne voulons pas pécher, car nous savons
que nous sommes comptés parmi les vôtres.
3 Vous connaître est
la justice parfaite, et connaître votre puissance est la racine de
l'immortalité.
4 Nous n'avons pas été égarés par l'invention
d'un art funeste, ni par une figure barbouillée de diverses
couleurs, vain travail d'un peintre :
5 objets
dont l'aspect excite la passion de l'insensé, qui s'éprend pour la
figure inanimée d'une image sans vie.
6 Affectionnant le mal, ils
sont dignes de telles espérances, aussi bien ceux qui les font que
ceux qui les aiment ou les adorent.
7 En effet, voici un
potier qui pétrit laborieusement la terre molle ; il façonne
chaque vase pour notre usage, et de la même argile il fait des vases
qui sont destinés à de nobles emplois, et d'autres à des emplois
tout contraires, sans distinguer nullement à quel usage chacun d'eux
devra servir : c'est le potier qui en
est juge.
8 Ensuite, par un travail impie, de la même argile, il
façonne une vaine divinité, lui qui, naguère fait de terre,
retournera bientôt au lieu
d'où il a été tiré, quand on lui redemandera son âme qui lui
avait été prêtée.
9 Pourtant il ne s'inquiète pas de ce que
ses forces s'épuisent, ni de ce que sa vie est courte ; mais il
rivalise avec ceux qui travaillent l'or et l'argent, il imite ceux
qui travaillent l'airain, et met sa gloire à exécuter des figures
trompeuses.
10 Son cœur est comme de la cendre, son espérance
est plus vile que la terre, et sa vie est de moindre valeur que
l'argile.
11 Car il méconnaît celui qui l'a fait, qui lui a
inspiré une âme agissante, et a mis en lui un souffle de vie.
12
Il regarde notre existence comme un amusement, la vie comme un marché
où l'on se rassemble
pour le gain ; car, disent-ils, « il faut acquérir par
tous les moyens, même par le crime. »
13 Car celui-là sait
bien qu'il est plus coupable que tous les autres, qui, de la même
terre, façonne des vases fragiles et des idoles.
14 Mais ils
sont tous très insensés, et plus malheureux que l'âme d'un enfant,
les ennemis de votre peuple qui le tiennent dans l'oppression !
15
Car ils ont regardé comme des dieux toutes les idoles des nations,
qui ne peuvent user de leurs yeux pour voir, ni de leurs narines pour
respirer l'air, ni de leurs oreilles pour entendre, ni des doigts de
leurs mains pour toucher, et dont les pieds sont incapables de
marcher.
16 C'est un homme qui les a faites, et c'est celui à qui
on a prêté le souffle qui les a façonnées. Il n'est pas d'homme
qui puisse faire un dieu semblable à lui,
17 car, étant mortel,
il ne fait de ses mains impies qu'une œuvre morte ; il vaut
mieux que les objets qu'il adore, car au moins il a la vie, et eux ne
l'ont jamais eue.
18 Ils rendent un culte aux animaux les plus
odieux, lesquels, jugés d'après la stupidité, sont pires que les
autres.
19 Il n'y a rien de bon en eux qui fasse naître
l'affection, comme à l'aspect d'autres
animaux ; ils échappent à la louange de Dieu et à sa
bénédiction.
1 C'est pourquoi ils ont été justement châtiés
par des créatures
semblables et tourmentés par une multitude de bêtes.
2 A la
place de ces fléaux, vous avez accordé des bienfaits à votre
peuple, et, pour satisfaire
son ardent désir, vous lui avez préparé un aliment merveilleux,
des cailles en nourriture :
3 de sorte que les uns, malgré
leur désir de manger, à l'aspect répugnant des insectes envoyés
contre eux, prirent en aversion même leur appétit naturel, tandis
que les autres, après une légère privation, goûtèrent une
nourriture nouvelle.
4 Car il fallait qu'une disette
inévitable affligeât les premiers, les oppresseurs, et qu'il fût
seulement montré aux autres comment leurs ennemis étaient
tourmentés.
5 En effet, lorsque ceux-ci souffraient de la fureur
de bêtes cruelles, et qu'ils périssaient sous la morsure de
serpents tortueux, votre colère ne dura pas jusqu'à la fin ;
6
ils furent troublés un moment, en vue de leur correction, et ils
eurent un signe de salut, pour leur rappeler les préceptes de votre
loi.
7 Car celui qui se tournait de son
côté était guéri, non par l'objet
qu'il avait sous les yeux, mais par vous, qui
êtes le sauveur de tous.
8 Mais par
là, vous avez aussi appris à nos ennemis que c'est vous qui
délivrez de tout mal.
9 En effet, la morsure des sauterelles et
des moucherons les fit périr, et il ne se trouva aucun moyen de
sauver leur vie, parce qu'ils méritaient d'être châtiés de la
sorte.
10 Vos enfants ne furent pas vaincus par la dent des
serpents venimeux, car votre miséricorde vint à leur secours et les
guérit.
11 C'est pour que vos paroles leur revinssent en mémoire
qu'ils étaient blessés, et promptement guéris, de peur que, venant
à les oublier
entièrement, ils ne fussent exclus de vos bienfaits.
12 Ce ne fut
ni une herbe, ni un médicament qui les guérit, mais votre parole,
Seigneur, qui guérit tout.
13 Car vous avez puissance sur la vie
et sur la mort ; vous menez aux portes du séjour des morts et
vous en ramenez.
14 L'homme, dans sa méchanceté, peut bien
donner la mort, mais non ramener l'esprit une fois sorti, ni délivrer
l'âme que le schéol
a reçue.
15 Mais il est impossible d'échapper à votre
main.
16 Les impies qui prétendaient ne pas vous connaître
ont été flagellés par la force de votre bras ; des eaux
extraordinaires, la grêle et des pluies inexorables les ont
tourmentés, et le feu les a consumés.
17 Ce qui était le plus
étrange c'est que, dans l'eau qui éteint tout, le feu n'était que
plus ardent, car l'univers combat pour les justes.
18 Tantôt la
flamme s'adoucissait, afin que les animaux envoyés contre les impies
ne fussent pas consumés, et que ceux-ci, à cette vue, reconnussent
qu'un jugement de Dieu les poursuivait.
19 Tantôt elle brûlait
au sein même de l'eau, avec plus de force que n'en
comporte la nature du feu, afin de détruire
tous les produits d'une nation impie.
20 Au lieu de cela, vous
avez rassasié votre peuple de la nourriture des anges, et vous leur
avez donné du ciel, sans travail, un pain tout préparé, procurant
toute jouissance et approprié à tous les goûts.
21 Cette
substance, envoyée
par vous, montrait la douceur que vous avez envers vos
enfants, et ce pain,
s'accommodant au désir de celui qui le mangeait, se changeait en ce
qu'il voulait.
22 La neige et la glace soutenaient la violence
du feu sans se fondre, afin qu'ils sussent que le feu, qui brûlait
dans la grêle et étincelait dans la pluie, détruisait les récoltes
de leurs ennemis,
23 et qu'il oubliait ensuite sa vertu propre,
pour l'entretien des justes.
24 Car la créature, soumis à vous,
son Créateur, déploie son énergie pour tourmenter les méchants,
et se relâche pour procurer le bien de ceux qui se confient en
vous.
25 C'est pourquoi, se pliant alors à tous ces changements,
elle était aux ordres de votre grâce, qui nourrit tout, selon la
volonté de ceux qui étaient dans le besoin ;
26 afin que
vos enfants que vous aimez, Seigneur, apprissent que ce ne sont pas
les différentes
espèces de fruits qui nourrissent les hommes, mais que c'est votre
parole qui conserve ceux qui croient en vous.
27 Car ce qui
résistait à l'action destructive du feu se fondait aisément,
échauffé par le moindre rayon de soleil :
28 afin
d'apprendre à tous
qu'il faut devancer le soleil pour vous rendre grâces, et vous
adorer dès le lever du jour.
29 Quant à l'ingrat, son espérance
fondra comme la glace d'hiver, et s'écoulera comme une eau inutile.
1 Car vos jugements sont grands et difficiles à
expliquer ; aussi les âmes sans instruction se sont-elles
égarées.
2 Alors que les méchants s'étaient persuadés
qu'ils pouvaient opprimer la nation sainte, enchaînés par les
ténèbres et prisonniers d'une longue nuit, enfermés sous leur
toit, ils gisaient là,
fuyant eux-mêmes votre
incessante providence.
3 Alors qu'ils imaginaient rester cachés
avec leurs péchés
secrets, sous le voile épais de l'oubli, ils furent dispersés,
saisis d'une horrible épouvante, et effrayés par des fantômes.
4
Les réduits où ils se renfermaient ne les préservaient pas de la
crainte : des bruits effrayants retentissaient autour d'eux, et
des spectres leur apparaissaient avec des visages lugubres.
5 Il
n'y avait pas de feu capable de donner de la lumière, et les flammes
brillantes des astres ne pouvaient éclairer cette horrible nuit.
6
Parfois seulement, leur apparaissait une masse de feu, allumée
d'elle-même, effrayante, et, épouvantés de cette vision dont ils
n'apercevaient pas la cause, ils jugeaient ces apparitions plus
terribles encore.
7 L'art dérisoire des magiciens était à bout,
et leur prétention à la sagesse honteusement convaincue de
fausseté.
8 Eux qui se faisaient forts
de chasser des âmes malades la terreur et le trouble, ils étaient
malades eux-mêmes d'une peur ridicule.
9 Car, quoiqu'il n'y eût
rien de terrible pour les effrayer, le passage des animaux et le
sifflement des serpents les terrifiaient ;
10 et ils
mouraient de frayeur, se refusant à voir cet air auquel nul ne peut
échapper.
11 — Car la perversité est craintive,
condamnée qu'elle est par son propre témoignage ; pressée par
sa conscience, elle s'exagère toujours le mal.
12 La crainte, en
effet, n'est pas autre chose que l'abandon des secours qu'apporterait
la réflexion.
13 L'espérance étant moindre au fond du cœur, on
s'effraie d'autant plus d'ignorer la cause de ses tourments. —
14
Eux, pendant cette nuit d'impuissance, sortie des profondeurs du
schéol impuissant, endormis du même sommeil,
15 étaient tantôt
agités par des spectres terrifiants, tantôt abattus par la
défaillance de leur âme ; car une épouvante subite et
inattendue s'était répandue sur eux.
16 De même tous les
autres, quels qu'ils fussent, tombant là sans force, étaient
retenus comme enfermés dans une prison sans verrous.
17 Le
laboureur, le berger, l'ouvrier occupé aux rudes travaux de la
campagne, surpris par le fléau,
étaient soumis à l'inévitable nécessité ;
18 car tous
étaient liés par la même chaîne de ténèbres. Le vent qui
sifflait, le chant mélodieux des oiseaux dans les rameaux épais, le
bruit des eaux précipitant leur cours,
19 le fracas des pierres
qui roulaient, la course invisible des animaux bondissants, les
hurlements des bêtes féroces, l'écho se répercutant dans les
cavités des montagnes, tout les faisait pâmer d'effroi.
20
Car tandis que tout l'univers était éclairé d'une lumière
brillante, et se livrait sans obstacle à ses travaux,
21 sur eux
seuls s'étendait une nuit pesante, image des ténèbres qui devaient
les recevoir ; mais ils étaient encore plus à charge à
eux-mêmes que les ténèbres.
1 Cependant une grande lumière brillait pour vos
saints ; les Égyptiens
entendaient leur voix sans voir leur visage, et, malgré leurs
souffrances passées,
les proclamaient heureux.
2 Et parce que, après avoir été
maltraités, ils ne se vengeaient pas, ils leur rendaient grâces, et
leur demandaient pardon de les avoir traités en ennemis.
3 A la
place de ces ténèbres,
vous avez donné à vos saints
une colonne de feu, guide dans une route inconnue, soleil inoffensif
pour leur glorieux pèlerinage.
4 Ils méritaient bien d'être
privés de lumière, et d'être emprisonnés dans les ténèbres,
ceux qui tenaient enfermés vos enfants, par qui la lumière
incorruptible de votre loi devait être donnée au monde.
5
Ils avaient résolu de faire périr les enfants des saints, et, l'un
de ces derniers ayant été exposé et délivré, vous leur avez,
pour leur châtiment, enlevé la multitude de leurs fils, et vous les
avez engloutis tous ensemble dans les flots impétueux.
6
Cette nuit avait été connue d'avance par nos pères, afin que,
sachant bien à quelles promesses ils avaient cru, ils eussent
meilleur courage.
7 Et ainsi votre peuple attendit la délivrance
des justes et l'extermination de ses ennemis.
8 De même que vous
avez châtié nos
adversaires, du même coup vous nous avez glorifiés en nous appelant
à vous.
9 En effet, les pieux enfants des saints offraient leur
sacrifice en secret, et faisaient d'un commun accord ce pacte divin ;
que les saints participeraient aux mêmes biens et aux mêmes
dangers ; —
chantant déjà d'avance les hymnes de
leurs pères.
10 Pour leur faire écho, retentissaient les cris
discordants des ennemis, et l'on entendait des lamentations sur les
enfants qu'on pleurait.
11 L'esclave et le maître étaient punis
de la même peine, et l'homme du peuple souffrait la même chose que
le roi.
12 Ils avaient tous pareillement, dans un seul genre de
mort, des morts sans nombre, et les vivants ne suffisaient pas aux
funérailles, car leurs plus nobles rejetons avaient été exterminés
en un instant.
13 Ils avaient refusé de croire à cause de leurs
sortilèges ; quand arriva l'extermination des premiers-nés,
ils reconnurent que ce peuple était fils de Dieu.
14 Pendant
qu'un profond silence enveloppait tout le pays, et que la nuit était
arrivée au milieu de sa course rapide,
15 votre Parole
toute-puissante s'élança du haut du ciel, de son trône royal,
comme un guerrier impitoyable, au milieu d'une terre vouée à
l'extermination,
16 portant comme un glaive aigu votre irrévocable
décret ; elle était là, remplissant tout de mort ; elle
touchait au ciel et se tenait sur la terre.
17 Aussitôt des
visions de songes effrayants les troublèrent, et des terreurs
inattendues tombèrent sur eux.
18 Jetés par terre çà et là à
demi-morts, ils révélaient la cause pour laquelle ils mouraient.
19
Car les songes qui les troublaient la leur avaient révélée, afin
qu'ils ne mourussent pas sans savoir pourquoi ils étaient si
rudement frappés.
20 L'épreuve de la mort atteignit aussi
les justes, et il y eut dans le désert une destruction de la
multitude ; mais votre
colère ne dura pas longtemps.
21 Car un homme sans reproche se
hâta de combattre pour les coupables ;
prenant les armes de son ministère, la prière et l'encens
expiatoire, il résista à la colère divine et mit un terme au
fléau, montrant qu'il était votre serviteur.
22 Il vint à bout
de cette sédition, non par la force corporelle, ni par la puissance
des armes ; mais il dompta par la parole celui qui les châtiait,
en rappelant les serments faits aux pères et les alliances.
23
Lorsque déjà les morts étaient tombés en tas les uns sur les
autres, s'interposant, il arrêta la colère, et ferma à
l'Exterminateur le chemin des survivants.
24
Car sur la robe qui tombait jusqu'à terre était tout l'univers ;
les noms glorieux
des pères étaient gravés sur les quatre rangées de pierres
précieuses, et votre majesté sur le diadème de sa tête.
25
Devant ces symboles,
l'Exterminateur se retira, il en fut effrayé ; car la seule
expérience de votre colère était suffisante.
1 Mais une colère sans miséricorde poursuit les
impies jusqu'à la fin. Car Dieu savait d'avance quelle serait leur
conduite :
2 Qu'après avoir permis aux justes de s'en aller,
et pressé leur départ avec grande instance, ils en auraient du
regret et se mettraient à leur poursuite.
3 En effet, ils
n'avaient pas encore achevé leurs deuils, et ils se lamentaient
encore aux tombeaux de leurs
morts, qu'ils s'engagèrent dans un autre dessein de folie, et
poursuivirent comme des fugitifs ceux qu'ils avaient conjurés de
s'éloigner.
4 Une juste nécessité les entraînait à cette fin,
et leur faisait oublier ce qui venait de leur arriver, afin qu'ils
subissent dans la pleine mesure le châtiment qui manquait encore à
leurs précédents
supplices,
5 et que, tandis que votre peuple bénéficiait d'un
glorieux passage, ils trouvassent une mort étrange.
6 Car la
création tout entière fut transformée dans sa nature, obéissant
aux commandements particuliers qui lui
étaient donnés, afin que vos enfants
fussent conservés à l'abri de tout mal.
7 Ainsi on vit une nuée
couvrir le camp de son ombre ; là où il y avait auparavant de
l'eau, apparut la terre ferme ; la mer Rouge ouvrit
un libre passage, et les flots impétueux se
changèrent en un champ de verdure.
8 Ils
y passèrent, — toute une nation, — protégés par ta
main, ayant sous les yeux de merveilleux prodiges.
9 Comme des
chevaux en pâturage, comme des agneaux bondissants, ils vous
glorifiaient, Seigneur, vous, leur libérateur.
10 Car ils se
rappelaient encore ce qui s'était passé en leur séjour au pays
étranger : comment, à la place des autres
animaux, la terre avait produit des moustiques, et le fleuve, au lieu
de poissons, une multitude de grenouilles.
11 Plus tard, ils
virent encore une étrange production d'oiseaux, lorsque, poussés
par la convoitise, ils demandèrent une nourriture délicate :
12
pour les satisfaire, des cailles montèrent du côté de la mer.
13
Mais le châtiment tomba sur les pécheurs, non sans être signalé
d'avance par de violents éclairs. Il souffrirent justement pour
leurs crimes,
14 car ils avaient montré pour l'étranger la
haine la plus
odieuse. D'autres n'avaient pas voulu
recevoir des gens qui ne les connaissaient pas ; ceux-là
avaient réduit en esclavage des étrangers qui leur avaient fait du
bien.
15 Il y a plus, — car voici une autre considération
en faveur des premiers : C'est en ennemis qu'ils recevaient ces
étrangers ;
16 ceux-là, au contraire, accueillirent
votre peuple avec des fêtes ; et,
après l'avoir admis à la jouissance de leurs droits, l'accablèrent
de cruelles souffrances.
17 Aussi furent-ils frappés
d'aveuglement, comme ceux qui assiégeaient la porte du juste,
lorsque, enveloppés de ténèbres profondes, ils cherchaient chacun
l'entrée de la porte.
18 Car les éléments échangeaient
leurs propriétés, comme dans le psaltérion les sons changent de
rythme, tout en conservant le même ton. C'est ce qu'on peut voir
clairement par les faits qui se sont passés.
19 Les animaux
terrestres devenaient aquatiques, et ceux qui nagent passaient sur la
terre.
20 Le feu dépassait dans l'eau sa vertu naturelle, et
l'eau oubliait sa propriété d'éteindre.
21 D'autre part, la
flamme n'atteignait pas la chair des frêles animaux répandus tout
autour, et ne fondait pas cet aliment céleste, semblable au givre et
fusible comme lui.
22 En toutes choses, Seigneur, vous avez
glorifié votre peuple, vous l'avez honoré et vous ne l'avez pas
méprisé ; en tout temps et en tout lieu vous l'avez assisté.